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30 Rock'n'roll !



On vous rabâche à longueur d'articles que les séries anglo-saxonnes sont les meilleures de monde. Que ce sont elles qui ont arraché au cinéma le flambeau de la critique de masse de la société moderne. On applaudit l'audace des chaînes du câble pour leurs portraits de mafieux du new-Jersey, de flics corrompus et de serial-killer justicier. Mais derrière tout ça, on oublie un peu vite un formidable pan de la télévision américaine, celui qui lui est peut-être le plus spécifique et qu'on ne devrait pas arriver à copier avant que les voitures volent en 3150, je veux parler des comédies de 26 minutes (20 si vous préférez…).

Ce format a quasiment disparu de la lumière des projecteurs depuis l'arrêt de la troïka "Seinfeld", "Friends", "Everybody Loves Raymond", mais le fait est là : les sitcoms, et les one-single camera ne se portent pas si mal et occupent toujours avec talent les premières heures de soirées du Prime-Time US. On le voit aujourd'hui avec « The Big bang theroy », « Samantha Who » ou encore "30 Rock", nouveau petit bijou de la comédie US dont on admire le rythme, le ton, l'admirable réglage entre scènes acides, débiles, douce-amères. Un peu comme "How I met your mother" et "The Office" US, mais aussi comme "Scrubs" ou "Malcolm" et "Weeds“ (quand les auteurs veulent s'en donner la peine). En fait, avec ce nouveau type de fiction, la comédie sait tout faire. C'est certainement ce qu'il y a de plus compliqué à écrire.

Dans le cas de "30 Rock", on est face à un show sur un show, l'occasion pour Tina Fey, la créatrice de la série et première femme à avoir été Head writer sur le mythique "Saturday Night Live" de raconter des expériences qu'on imagine assez proche de sa réalité d'auteur comique. La série possède un charme furieux. Celui des sitcoms new-yorkaises quand on y croit. Et ici, c'est le cas. Peu de décors mais une capacité comme toutes ces nouvelles comédies à vous embarquer dans l'esprit des protagonistes à l'aide de courtes séquences où on les découvre durant leur enfance, ou bien imaginant une événement saugrenu. Ça va vite, c'est simple, jamais simpliste et les retournements de situations impulsent à l'histoire un côté un peu fou et imprévisible qu'on a rarement éprouvé depuis les aventures de la bande du Central Perk ou Arrested Development pour les quinze français qui on suivi la série. Un régal. Le casting est extrêmement bien foutu. Une évidence quand il s'agit de séries US. Tout le monde fait son possible pour être aussi débile que possible. Entre le duo de stars (la blonde un peu idiote et le rappeur qui a abusé du crack), les auteurs, le nerd crasseux et libidineux, le mec d'Harvard, l'imitateur douteux, le réceptionniste trop bizarre, l'assistante canon et toujours trop dévêtue (enfin, la question n'est pas totalement tranchée), le co-producteur complexé et mal en ménage, et Jack Doneghy, personnage campé par Alex Baldwin qui mériterait une série et un article sur le site à lui tout seul. Les personnages sont savoureux et on sait qu'avec ça, on a déjà fait une grosse partie du chemin jusqu'au nirvana de la bonne série. « 30 Rock » est vraiment mordante. Les allusions à NBC (chaîne qui diffuse la série) sont légion et font même partie intégrante du ton de la série qui s'intitule « 30 Rock » diminutif de la véritable adresse du network NBC depuis les débuts de la télévision : 30 Rockfeller Plaza. Jack Doneghy est une métaphore vivante du système télé. Le nouveau patron des fictions de la chaîne débarque dans le pilote en expliquant, sans fard, qu'il vient de la division « Micro-onde » de GE (General Electric), conglomérat géant qui possède entre autre NBC. Son succès dans le micro-onde lui ouvre les portes de la télévision, où il compte bien appliquer les mêmes recettes. On est dans a critique des médias mais on sait s'appliquer le même traitement notamment quand La série se permet une scène grandiose où le staff n'est pas d'accord pour jouer le jeu de la direction en matière de placement de produit (parler ou montrer dans le cours de l'intrigue) mais se lance dans un numéro sur une marque de jus de frit (Snapple en l'occurrence) bien connue (un véritable placement de produit pour le coup !).


Et puis, « 30 Rock », c'est aussi et surtout Tina Fey. La créatrice et actrice vedette de la série impulse un charme indéniable à l'ensemble. Pas extrêmement jolie mais pas moche non plus, elle est la personne censée de la série. Celle sur qui tout retombe immanquablement. Celle qu'on est surpris de retrouver dans telle situation saugrenue. Tina est une patronne compatissante et humaine sûre d'elle jusqu'à un certain point.

Pour ceux qui s'apprête à découvrir la série, sachez qu'elle démarre doucement et que le rythme de croisière s'installe au bout de quelques épisodes. C'est l'une des trois ou quatre meilleures comédies du moment. Sa drôlerie, son sens du rythme et la folie des personnages en même temps crédibles y sont pour beaucoup.
Roll in !


 
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