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Balade dans les différents genres et les différents formats. Grammaire de la série US.

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| K.street |
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Quand Steven Soderbergh accouche d'un concept télé, c'est pour HBO et c'est ça ne ressemble à rien du tout d'existant. Mode d'emploi.
Quand on y repense. On se dit qu'il y a quand même des gens qui aiment souffrir. Avoir envie de créer une série telle que « K.Street », c'est un peu comme triper sur un rendez-vous de dentiste. Un truc de maso. Le sujet (la politique fédérale), les conditions de production (quasiment en temps réel) et l'originalité du projet mettaient d'emblée « K.street » et ses concepteurs au taquet. « K.street », à propos, c'est le nom d'une artère de Washington où se concentrent les cabinets de conseil qui évoluent autour du pouvoir amércain. La série met en scène une firme de lobbying et de conseils en marketing politique. Le pouvoir côté jardin. Voilà pour le décor. Au niveau des initiateurs du projet on ne trouve que du beau monde. Steven Soderbergh et ses comparses de Section Eight, boîte de prod et de potes parmi lesquels on compte l'acteur George Clooney, l'écrivain Henry Bean et le producteur Mark Sennet. Avec « K.Street », ils mettent en place une fiction OVNI.
Un dispositif rarement vu à la télévision en tout cas à l'époque du tournage de « K.Street ». Steven Soderbergh appelle cela de la « fiction temps réel »… Pas tant pour la durée qui s'écoule durant un épisode que pour le temps qui sépare un fait politique et son traitement dans « K.Street » : quelques jours... A l'époque et pour les dix épisodes que dura la série, l'équipe de production était constamment sur le pont. Rendez-vous compte : Chaque épisode était écrit le lundi joué le mardi et le mercredi puis monté le jeudi et le vendredi pour une diffusion dimanche soir. Comme une sitcom, à la différence près qu'Il n'y avait pas d'épisode d'avance et que la série pouvait et devait s'aligner sur l'actualité. Le plus croustillant des scénarios. Chaque crise politique ou date extraordinaire de l'agenda politique devenait exploitable. Un moyen de créer qui a dû très vite fatiguer tout le monde. Une raison d'ailleurs qui fit dire à Sodderbergh et Clooney qu'ils avaient passé l'âge de courir à tous les coins de rue avec une caméra numérique.
Pour le moment, il faut tourner. La production possède deux cars de tournage pouvant transporter les acteurs et l'équipe technique n'importe où dans Washington pour jouer une scène de l'épisode. Le Capitol ainsi que les restaurants fréquentés par l'establishment serviront de décors. George Clooney dirige la seconde équipe (comme pour la scène du pilote tournée à Baltimore lors une séance de débat des primaires démocrates). La première équipe est dirigée par Sodderbergh lui-même même s'il n'en est pas fait cas (le réalisateur est crédité au générique avec son pseudo d'opérateur Pete Andrews).
Visuellement « K.Street » est une œuvre âpre et brute. Du news-séquence. Là, où ça se complique c'est que le dispositif imaginé Sodderbergh innove en dirigeant dans la même scène des acteurs et des non-acteurs qui joueront leur propre rôle mais d'après un script. Côté faux-vrais consultants, on retrouvera James Carville, stratège vedette de Bill Clinton, Michael Deaver, grand sorcier de la communication politique pendant les mandats de Ronald Reagan et Mary Matalin, il y a peu encore conseillère du vice-président Dick Cheney. Il faut en plus ajouter de nombreux personnages apparaissant dans leur propre rôle (un épisode test a vu les participations de John McCain (candidat aux dernières Présidentielles) et d'Hillary Clinton. L'idée est de confronter des responsables de communication politique, des juristes, des politiciens avec des acteurs jouant des rôles analogues et de les plonger dans les problèmes de l'actualité en espérant voir comment fonctionne Washington. Soderbergh a déjà expérimenté le processus. Dans une séquence très réussie de l'emblématique « Traffic », il fait défiler le tout Washington, à l'occasion d'un cocktail, devant Michael Douglas interprétant le nouveau Monsieur Drogue de l'administration américaine. Cette scène caméra épaule est l'occasion de voir de nombreux parlementaires US tenir leur propre rôle et donner leur vrai avis sur la question de la drogue aux Etats-Unis. Il n'en fallait pas plus à Sodderbergh pour tenter d'appliquer les mêmes idées au sein d'une série de 10X26 minutes. HBO a signé dix épisodes pour voir.
Le but de Sodderbergh était d'aller plus loin pour couvrir l'investiture aux présidentielles et pourquoi pas les Présidentielles. « K.Street » devenant un rendez-vous « branché » pour tout personnage désirant apparaître dans une émission qui renouvelle le discours en politique. Les raisons exposées plus haut lui ont fait changer son fusil d'épaules. Soddebergh comme Clooney ne voulait pas devenir esclave des rythmes dingues qu'imposait cette série en temps réel. Les chiffres d'audiences ne leur ont pas permis de revenir sur leur décision. La série n'a jamais fait d'étincelles, réservée à ceux pour qui elle était destinée : à savoir une audience d'avertis. HBO se moque des chiffres. En tout cas avec des interlocuteurs de la trempe de Sodderbergh. « Les gens viennent sur HBO pour voir des choses différentes. Je pense qu'avec cette série nous remplissons ce rôle. Steve et George sont les bienvenus pour d'autres projets » prévenait Carolyn Strauss, responsable de la fiction de la chaîne à péage. Cette invitation n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Le duo a donc renoué avec HBO en 2004 avec « Unscripted » - littéralement « non-écrit » sur les coulisses de Hollywood. Une plongée haletante sorte de Popstar puissance mille (donc un vrai truc bien quoi !).
Concernant « K.Street » mélanger réalité et fiction peut entraîner quelques contre-indications. Imaginez l'acteur/politicien Arnold Schwarzenegger Gouverneur de Californie ne rechignant pas à venir jouer son propre rôle dans « K.Street ». Il serait accompagné de Rob Lowe, lui-même comédien, ancien d'un politic drama The West Wing et reconverti pour de vrai à la politique sur la liste dudit Schwarzenegger. Tous deux pourraient jouer des politiciens puisqu'ils sont acteurs, ils pourraient tenir leur véritable rôle d'anciens acteurs devenus politiciens (vous suivez là ?)… Pour préparer « K.Street », Sodderbergh a révisé ses gammes. Il avoue avoir pas mal planché sur quelques classiques du genre parmi lesquels « The War room », documentaire signé Chris Hegedus et D.A Pennebaker qui suit Bill Clinton lors de sa première campagne Présidentielle, tandis que côté fiction « The Candidate », faux-documentaire mais vrai long-métrage de Michael Ritchie tourné en 1972 avec un Robert Redford militant passe aux yeux de Soderbergh pour la fiction la plus aboutie en matière de décryptage des rouages politiques américains. Le projet tant par son fond que par sa forme valait le coup d'être écrit (même si la majorité des dialogues ne le sont pas). Le parti-pris d'une fiction sans concession est courageux. Hollywood surexplique tout généralement. Aux Etats-Unis, seul The West Wing a réussi à tirer son épingle du jeu mais avec des problématiques jouant la dramatisation. La même chose pour « Commander in Chief » de Rod Lurie. La seule chance pour « K.Street » aurait été de se muer en un relais original pour la campagne présidentielle à venir un peu comme l'avait fait « The Daily show » de Jon Stewart en 2000.
Bien sûr, parler d'une telle fiction en France a quelque chose d'irréel. C'est comme si vous expliquiez le concept de l'UMTS à Thomas Edison. Il n'empêche qu'on ne peut pas s'empêcher d'imaginer ce que ça pourrait donner, allez, juste pour se dire, qu'aujourd'hui, on peut faire un peu mieux que Julie Lescaut. Suite à la polémique déclenchée par les décès dus à la canicule, un épisode de « 8e arrondissement » nous plonge dans les rouages de cette affaire. Matthieu Kassowitz, Gilles de Maistre et Yves Boisset nous concoctent des épisodes à la réalisation nerveuse, caméra épaule qui nous emmène tour à tour dans les coulisses du pouvoir et dans les bureaux d'un cabinet de conseils engagé par l'Elysée pour minimiser la crise. Pas d'explications lénifiantes. Des morceaux bruts. Jacques Seguéla joue le patron de la firme. L'épisode compte des apparitions d'Arnaud de Montebourg, Patrick Devedjian et… Raymond Barre. Qui s'y colle. Ecrivez au site, on fera suivre…
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