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Sans eux, il n'y aurait pas de séries télé, il n'y aurait pas de sites sur les séries télé et il n'y aurait pas de nous.




Jerry Bruckheimer : Faiseur de succès
Connu à Hollywood comme le roi du blockbuster carré et popu depuis les années 80, Jerry Bruckheimer a ajouté dans la décennie 2000 une corde à son arc en intégrant le club très fermé des producteurs réussissant conjointement sur le petit et le grand écran.


2003. Quand Wamer Bros Television s'associe à Jerry Bruckheimer pour une somme colossale avec collaboration exclusive jusqu'en 2007, on ne peut pas dire que le studio jette son argent par les fenêtres. En effet, le producteur de "Top Gun" et "Armaggedon" a la main chaude depuis le début du XXIeme à la télévision. Plus que n'importe lequel des autres producteurs télé actuels, les JJ.Abrams, Steven Bochco, Shawn Ryan, David Chase et consorts. Initiateur d'un genre presque à part entière (le cop-show ultra-formel), il ne s'est pas contenté de vivoter puisqu'il a ensuite développé une kyrielle de nouvelles productions. Des spin-offs qui réussissent le tour de force, tout en se conformant à la recette maison, d'apporter quelque chose de nouveaux. Que ce soit avec la franchise "CSI" ("Crime Scene Investigation") qu'il a décliné deux fois déjà avec "CSI : Miami" et "CSI : New-York" (en attendant la dernière livrée du côté de Chicago...), avec un certains talents esthétique mais aussi avec "Cold Case" et "FBI, Portés disparus "("Without a trace") puis désormais "Close to home" (Un procureur dans l'Amérique profonde), Bruckheimer séduit les masses avec une recette aussi efficace qu'elle est simple : capter l'attention du public avec des personnages solides, un rien différents, et un visuel léché.

Bruckheimer a su aussi prendre le wagon des nouvelles formes de narration de la télévision actuelle (travail sur la bande-son, utilisation du flash-back..., narration à base d'effets spéciaux). Mais ce qui est fort, c'est qu'en marge de la télé, Jerry Bruckheimer continue son activité historique sur grand écran, là aussi avec succès. À cinquante-huit ans, âge estimé car tenu secret (..), Jerry Bruckheimer n'a plus rien à prouver en matière de recettes. Qu'elles soient techniques ou financières. Il a bâti sa réputation dans les années quatre-vingt à l'aide d'un cinéma à grand spectacle basique et sans subtilité ("Top Gun" ou "Les Flics de Beverly Hills"). Dans les années quatre-vingt-dix, "Bad boys", "Armaggedon" ou "Ennemi d'État" sont des succès programmés qui laissent peu de place à l'imprévu scénaristique. On aime ou on n'aime pas mais c'est du solide. Retour en 1997. Cette année marque l'arrivée du géant de Hollywood sur un terrain qu'il ne connaît pas : la télévision. Cinéma et télévision ne demandent pas les mêmes rigueurs, beaucoup de grands noms s'y sont cassés les dents, Jerry Bruckheimer va l'apprendre à ses dépens. Il associe son nom à "Soldiers of Fortune", une série assez vulgaire, quand on y pense, au vu de l'envergure de son producteur. Le programme ne trouve des débouchés que sur les marchés de la syndication (sorte de seconde division de la production télé). Ce « truc » (il n'y a pas d'autres mots ) met en scène cinq membres des forces spéciales américaines. Le programme est un morceau de propagande manichéenne maladroite. Du sous Missing in Action du temps de la « splendeur » de Chuck Norris. Gros son et explosion à gogo. En voyant la réalisation réduite à sa plus simple expression (muscles saillants, explosions multicadrées, méchant systématiquement russe ou nord-coréen), on a des doutes quant au degré d'implication de Jerry Bruckheimer sur ce projet.

Au début de l'année 2000, Bruckheimer produit pour le cinéma, entre autres, le sirupeux mais spectaculaire "Pearl Harbor" ou encore le complaisant "La Chute du Faucon noir", mais, vexé par son échec à la télévision, il décide de retenter l'aventure en travaillant sur un projet apporté par un certain Anthony Zuiker dont l'idée de base tourne autour de la Police scientifique. Jerry Bruckheimer fait le tour des networks avec le pitch de CSI : "Crime Scene Investigation", série télévisée sombre (dans les thèmes comme dans l'esthétique) aux enquêtes complexes mettant en scène une équipe de flics usant des dernières technologiques de médecine légale pour confondre les criminels. La série pourrait n'être qu'une énième sous-version du "Silence des agneaux", Jerry Bruckheimer, met sa science de la narration dans la bataille et réfléchit sur les moyens qu'il faut pour créér une véritable identité visuelle : nocturne, solidement illustrée par une batterie de flash-backs et dotée de mouvements de caméra simple et élégant (1). Jerry Bruckheimer déclare vouloir faire de la « Feature television », littéralement de la télévision cinéma. Studios et chaînes de télévision reculent devant la note qu'on prédit gigantesque. Jerry Bruckheimer ne lâche rien. Seul un homme capable de dé-penser 200 millions de dollars pour promouvoir "Pearl Harhor". qui en a coûté presque autant, peut gagner cette partie. Le risque est énorme. CSI doit devenir une des grosses cylindrées de la télévision américaine et s'ex-porter massivement pour faire gagner de l'ar-gent à son producteur. Disney, dernier partenaire au cinéma de Jerry Bruckheimer, se dégonfle. C'est Alliance/Atlantis, un groupe de communication canadien qui dit OK ! Pourtant, dès ses premières diffusions, CSI convainc la critique et le public. Le network CBS ayant opportunément rediffusé la série durant l'été, elle devient, la rentrée suivante, le programme numéro un de la télévision américaine devant Urgences et Friends. Depuis, Jerry Bruckheimer a lancé un spin-off de CSI, "CSI: Miami" (la nouvelle série ayant le mieux mar-ché lors de sa saison de lancement) et "Without a Trace" (seconde nouvelle meilleure série derrière "CSI : Miami"). On peut difficilement faire mieux actuellement. Si Jerry Bruckheimer réussit là où Michael Mann, James Cameron ou Barry Sonnenfeld ont à demi-triomphé, c'est qu' « il n y a aucune condes-cendance dans son attitude, confie Jonathan Littman, patron de Bruckheimer Télévision. La télévision est traitée avec autant de sérieux et d'implication que le cinéma ». Jerry Bruckheimer produit des programmes de qualité avec une ligne artistique claire. Il veut que ses séries se reconnaissent dans la masse des programmes. Les scripts sont pour la plupart de très grande qualité. Le casting aussi. À plus de 2 millions de dollars l'épisode, Jerry Bruckheimer a compris que c'est dans la qualité des moyens mis en oeuvre qu'il tirerait la qualité de ses productions télévisées.

En 2002, conséquence des événements du Il septembre 2001, il lance "Profiles From the Front Lines", qui présente une galerie de per-sonnages tous issus de l'armée américaine et tous impliqués dans la guerre contre le terrorisme. L'idée a été apportée par Bertram Van Muster, ancien producteur du reality show "Cops". Filmée par huit équipes de tournage avec l'entière collaboration du Département de la défense, "Profiles..." fait couler beaucoup d'encre, d'autant qu'ABC, en mal de bons chiffres d'au-dience. en commence la diffusion durant Strike on Iraq. Certains parlent d' « infomerciales) au service du gouvernement, Jerry Bruckheimer préfère parler de « la plus puissante dé-monstration des ravages de la guerre » et se retranche derrière les termes de « documen-taire » et de « cinéma-vérité ). La montagne accouchera finalement d'une souris. Dans la frénésie qui secoue actuellement les médias améri-cains pour tout ce qui touche d'un côté à la guerre et de l'autre à la real TV, il faut reconnaître que l'idée de Jerry Bruckheimer aurait pu faire mouche. Sur le plan éthique, l'opération était assez limite. Qu'importe, Jerry Bruckheimer n'a-t-il pas tout simplement compris que l'actualité était le plus grand réservoir à fiction ? Le visage de ses productions ne laisse aucun doute là-dessus.

A suivre...

(1) - Un style que l'on doit au réalisateur anglais Danny Cannon dont une interview est à paraître sur notre site.





 
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