Ambiance  
Quand la série télé déborde sur l'univers du voyage, la géo-politique ou le cours mondial de la Pastèque. On en parle dans Ambiance...




New-York en série
Si vous avez l'impression de connaître New-York comme votre poche, sans y avoir jamais mis les pieds, c'est en partie grâce à l'abondante représentation qu'en donnent les chansons, la littérature, le cinéma mais aussi les fictions télé. Skyline nocturne brillant de mille feux, joggers suant MP3 aux oreilles dans Central Park, immeubles proprets et verdoyants de Greenwich Village ou concept-shop géant sur fifth avenue. Toutes ces cartes postales de Big Apple ont fait le tour du monde notamment grâce aux séries. Visite guidée.

Difficile de ne pas la reconnaître. Quand New-York est le théâtre d'une fiction télévisée, elle est rarement traitée comme une entité anonyme. Dès le générique, les quelques dizaines de plans réservés à la présentation de la série se transforment assez facilement en clip pour l'Office du tourisme new-yorkais. Une débauche de lieux communs sur la ville. Mais s'agissant de New-York doit-on parler de lieux communs ou plutôt de morceau de patrimoine culturel universel? New-York ou la plus fantastique des forêts de gratte-ciels avec ses canyons de pierre de verre et d'acier. Un fascinant mélange d'immeubles baroques, post-industriels et victoriens. Des avenues sans fin parcourues d'un flot continu de yellow cab. Des trottoirs inondés de piétons traversant le Rockfeller center. Les coiffes illuminées de l'Empire State ou bien du Chrysler building. Ces images, vous les avez certainement vu plus d'une fois notamment dans les génériques de séries comme "Sex and the city", "NYPD Blue", "Kojak" pour ne citer que quelques-unes des plus marquantes. Les séries qui prennent New-York pour toile de fond ne constituent qu'une infime partie de la production actuelle. Mais leur exceptionnel contexte géographique marque les esprits et le type même d'histoires qu'elles racontent. On peut séparer ces séries en deux grandes familles.


Première d'entre elles : la famille des fictions qui sont réellement tournées côte Est dans la fureur et l'énergie de la presqu'île de Manhattan. La plus célèbre d'entre-elles, c'est "Sex and the city". Le Producteur Darren Star, une fois les droits du livre éponyme de Candace Bushnell acquis, s'est rendu immédiatement à l'évidence. « Tourner à New-York s'est avéré indispensable. Il nous fallait l'architecture et l'âme des lieux. Ce côté incroyablement graphique. Nos héroïnes étaient toujours fourrées dans des restaurants et dans des magasins. Ça aurait eu l'air de quoi si nous avions tourné sur trois pauvres décors ? Non, Il fallait de l'extérieur. Il fallait être à New-York » Et le producteur a été exaucé. Pendant six ans, l'équipe de production a posé ses caméras aux quatre coins de la presqu'île délivrant un regard quasi-exhaustif sur la ville. Certes, on se cantonne à un New-York à la Woody Allen. Plutôt upper class. On déambule avec les quatre amies dans Soho et l'East Village pour des brunchs branchés et bavards. On découvre le loft de Samantha dans TriBeCa, quartier industriel devenu chic grâce à l'installation de boîtes à la mode. On se fait des musées au gré des humeurs de Carrie. Le Guggenheim en solo. Le MET pour un rendez-vous. L'Upper east side avec ses hôtels particuliers est l'univers de Charlotte tandis que Miranda réussira un improbable déménagement (en tout cas au début de la série) vers Brooklyn et ses maisons de ville encore abordables. Les autres grande séries qui utilisent Manhattan on location – traduisez sur place- sont les "Law and Order" ("New York Section Criminelle", "New York, Unité Spéciale", "New-York, Police Judiciaire" diffusées sur TF1) de Dick Wolf. Des Procedurial drama, des séries à enquêtes qui montrent un New-York au quotidien, animés par des thèmes d'épisode « ripped from the headlines » traduisez arrachez aux gros titres. "The Equalizer" de James McAdams va encore plus loin utilisant New-York comme un endroit inquiétant où les psychopathes le disputent à des businessman véreux, des parrains sans foi ni loi et des règlement de compte entre agence gouvernementale. Très sombre, cette série n'en propose pas moins une excellente visite de New-York. Bien plus variée que ses consoeurs. Une vision surannée qui fleure bon les années 80 avant que Rudoph Giuliani ne « karshérise » la ville. Autres grandes séries passées ayant utilisé comme décor : L'immortelle "Kojak", la passionnante "Un Flic dans la Mafia" (Wiseguy) qui traitait de tous les aspects de la ville sous un angle criminel bien sûr. On voyageait de Midtown, avec son quartier de la confection, à Wall Street et ses cols blancs sans oublier, des quais rouillés de l'Hudson River, propice à bien des trafics ou encore les rues de Brooklyn d'où le héros était originaire. Même soucis de naturalisme dans la « cultissime » Fame, où les producteurs ont cherché à montrer le New-York quotidien des années 80. Ni plus propre, ni plus enchanteur que la cité ne l'était dans la réalité. Autre fiction emblématique pour la vision qu'elle rend de Big Apple : "Les Sopranos" tournée dans les studios SilverCup situés sur les docks new-yorkais qui font de la ville l'une des plus grandes places portuaires au monde, cette série ne se déroule pas à proprement parler à New-York, puisqu'elle dépeint les mœurs d'une famille mafieuse dont le territoire est le New-Jersey. La série de David Chase ne nous en adresse pas moins un regard passionnant sur New-York. Un singulier contre-champ, sorte de voyage inversé. Ici, pas de conquête de l'Ouest mais une volonté de montrer qu'il y a aussi une vie aussi à l'ombre des buildings de Manhattan. L'envers de la carte postale.

L'envers du décor c'est aussi le 11 septembre, une date que les séries new-yorkaises ont marqué à leur façon. Sex and The city y fait de timides mais touchantes allusions, comme quand on parle avec pudeur d'un disparu. "Third Watch" ("New-York 911"), chronique speed et réussie de sauveteurs en milieu urbain, y a carrément consacré un épisode. "Without a trace" ("FBI, Porté disparu"), l'une des séries les plus réussies de ces dernières saisons a dépeint à plusieurs reprises des personnages encore traumatisés dans un New-York illustré par des stock-shots aériens efficaces et oppressant. Un New-York potentiellement dangereux où le FBI veille sur les Américains. Moins patriotique, la chaîne cablée FX a lancé Rescue Me, sublime fiction centrée sur un combattant du feu devenu alcoolique suite au décés de son cousin dans la catastrophe des Tours de World Trade Center. Finalement, toutes ces séries renvoient une et même vision de Big Apple. Celle d'une ville unique. Graphique et fascinante où un million d'histoires méritent d'être racontées.


L'autre grande famille de fictions télé en relation avec New-York, c'est celle des séries qui prennent New-York comme matériau narratif mais qui sont tournées à cinq mille kilomètres de là, sur les bords du Pacifique, dans les backlots des majors hollywoodiennes. C'est le cas d'une poignée de sitcoms, celles qui justement incarnent peut-être le mieux la « new-yorkité », ou plutôt l'idée qu'on se fait de New-York sur le petit écran. "Seinfeld", "Friends", "Mad about you" ("Dingue de toi"), "Spin City" mettent en scène, peu ou prou, les mêmes typologies de personnages. Des gens happés par la grande ville, qui donnent plus l'impression d'y survivre que d'y vivre. Des gens d'un certain niveau intellectuel, friands de spectacles sur Broadway, de matchs de l'une des nombreuses franchises sportives de la ville. (Rangers au hockey, Knicks au basket, Yankees et Mets au baseball, Giants au foootball US), qui détestent le New-Jersey et en font une proie facile de leurs bonnes blagues. Des gens qui ne quitteraient pour rien au monde ce bout de ville insensé où tout n'est que folie, mais doit-on être raisonnable quand on habite New-York ?

Autre grande série à évoquer quand on parle de New-York à la télévision, c'est "NYPD Blue" ("New-York Police Blues"), l'une des séries les plus marquantes des années 90 que l'on doit au grand Steven Bochco. La série emprunte beaucoup à la métropole. Elle prend pour cadre un quartier anonyme de Manhattan duquel on aperçoit en toile de fond les grands édifices de la ville (Pont de Brooklyn, Empire State Building…). Le plus fort c'est, qu'hormis quelques scènes qui nécessitent une présence à New-York et un ensemble de stock-shots utilisés pour les transitions, le reste des extérieurs (comme l'ensemble des intérieurs) est tourné dans Downtown à Los Angeles. Au pied des gratte-ciels de la cité californienne se trouvent des pâtés de maison qu'on jurerait sorti d'un quartier de Manhattan. Brique rouge, escalier de secours extérieur hors d'âge, réservoir d'eau inusité, publicité omniprésente. "NYPD Blue" ne doit pas tromper les véritables New-yorkais, ceux qui connaissent leur ville sur le bout de leurs borroughs. Mais pour nous, l'illusion est parfaite. Un New-York sans neige à Noël. Y'a plus de saisons !



New York touristico-cathodique
Les balades et excursions dans Manhattan et ses bouroughs se conjugent avec séries télé. Il suffit pour s'en convaincre de se connecter sur les principaux sites de billeteries de la ville ( comme nytix.com). Des endroits où vous pouvez acheter les classiques du parfait touriste : skyline en hélicoptère, Manhattan depuis l'Hudson River ou plus stylé, des places pour les grandes comédies musicales données du côté de la 42e rue (Rent, Wicked, Lion king, The Producers). Depuis quelques années, vous pouvez visiter la grosse pomme sous l'angle de vos séries préférées. Pour 40 $ (en moyenne) vous serez baladés dans Manhattan dans un bus où un animateur égrainera anecdotes sur la série et quizz. Le Tour Soprano est intéressant à plus d'un titre, il évite les redondances avec des visites que vous auriez pu déjà effectuer durant votre séjour. Balade quasi-ethnologique dans un New-Jersey que bien peu de touristes pourront se vanter d'avoir visité. Bien sûr, il faut aimer et connaître la série. Idem pour toute visite se limitant à une seule production. Manhattan TV tour et son tour global peut s'avérer un bon compromis. Un ride en bus pour photographier le commissariat qui prète sa façade à NYPD Blue, l'immeuble qui accueillait soi-disant les friends ou Paul et Jamie de Mad about you, le Tom Restaurant, point de ralleiment de la bande de pieds-nickelés de la cultissime Seinfeld. Le show Seinfeld qui propose une visite guidée par un personnage qui a inspiré Cosmo Kramer, les connaisseurs apprécieront. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.


 
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