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Profession réalisateur
Danny Cannon : « On ne dit pas non à Jerry Bruckheimer »


Etre réalisateur télé à Hollywood – c'est-à-dire là où l'auteur est roi -, c'est un peu comme être troisième gardien de but d'une équipe nationale en Coupe du Monde, c'est déjà pas mal mais en même temps, ça compte un peu pour du beurre. Danny Cannon et son accent british a trouvé la parade – esquissée par d'autres techniciens avant lui – en devenant l'un des producteurs exécutifs de la franchise CSI. Il écrit tout en ayant également la charge de la patte visuelle –réussie- des shows. Malin le brit'


Qu'est-ce qu'un réalisateur comme vous, promis à une carrière dans le blockbuster hollywoodien (il a réalisé l'honnête "Judge Dredd" et plus récemment "Goal") fait sur le plateau de CSI ?
A vrai dire l'idée n'est pas de moi. Un jour, j'ai été contacté par Jerry Bruckheimer et William Petersen qui m'ont demandé de réfléchir à une charte visuelle pour une série mêlant enquête et travail de police  scientifique. On a travaillé sur un pilote mais ensuite chacun est reparti sur ses projets respectifs. En 2000, Jerry Bruckheimer me rappelle et me dit que ça y est un studio et une chaîne sont d'accord pour produire CSI. Et comme on ne dit pas non à Jerry Bruckheimer, je suis arrivé sur la série pour en réaliser le pilote puis pour mettre en route le style de la série. Graver dans le marbre un ensemble de règles auxquelles les autres réalisateurs de la série se conformeront.  Je dois également ajouter que CSI est un cas exceptionnel. Quand Jerry Bruckheimer parle de « Feature Television » [NDR : de la télévision de cinéma, Jerry faut arrêter la drogue], il est totalement dans le vrai. C'est aussi pour ça que j'ai accepté de travailler sur ce projet.

Vous voulez-dire en tant que réalisateur ?
La série vaut autant par son écriture que par son visuel. C'est le cocktail qui fait de CSI, la série n°1 aux Etats-Unis et certainement dans le monde. Etant à la base seulement responsable du visuel, j'ai eu l'envie de m'impliquer également dans l'écriture, histoire d'avoir plus de marge de manœuvre.

Ce que vous faites en étant Producteur exécutif ?
Je ne suis que l'un des producteurs exécutif, la série est tellement exigeante que cela nécessite d'être plusieurs pour superviser tous les aspects créatifs de la série. (casting, décors, effets spéciaux, scènes spéciales, tournage hors L.A…)…

L'écriture justement, avez-vous des connaissances en médecine légale et en procédure judiciaire pour écrire ?
Non, je ne connaissais rien en médecine avant de commencer le show. J'aurais bien voulu mais j'étais plus occupé à jouer ma musique quand j'étais en fac. En fait, nous travaillons avec des gens dont ça a été le métier. Spécialiste de Médecine légale, de balistique, de toxicologie. Ils deviennent nos conseillers et nos scripts sont passés à la moulinette de leurs savoirs respectifs. Après, on peut faire des mélanges. Prendre des affaires sans médecine légale et en rajouter. Ou prendre une affaire et la saupoudrer de détails un poil plus policier. Nous avons une histoire qui va de A à F, le conseiller va nous donner les lettres manquantes.

Aujourd'hui, après le lancement de CSI, vous avez aussi à gérer la production de CSI : Miami, et de CSI : New-York, comment faites-vous ?
C'est un truc de fou. Nous ne sommes pas trop de quatre showrunners pour superviser tout ce qui arrive sur nos bureaux chaque semaine. Quand Miami a commencé, il y en avait partout. Dans mon cas personnel, ma mission primordiale a été de trouver ce qui visuellement allait faire l'identité de chaque série, le concept restant globalement le même, c'était important de pouvoir différencier nos productions. En fait, bien sûr, chaque CSI à sa propre identité à cause des villes où il est censé se dérouler. A Las Vegas, nous avons une image nocturne, colorée, chaude, une atmosphère plutôt studieuse mais menaçante également. Miami est une série explosée de soleil, à l'ambiance moite, plus latina, plus art-déco, New-York, c'est New-york, du bruit, une oppression verticale…

Las Vegas, Miami, New-York ? Alors que vous travaillez à l'année à Los Angeles ?
En fait, comme beaucoup de séries nous tournons à L.A en backlot mais bien sûr nous tournons un minimum de séquences dans la ville où l'action est censée se dérouler. Disons qu'avec Vegas, ce qui était plaisant c'est que nous pouvions emmener toute l'équipe assez facilement dans le désert du Nevada. Pour Miami et New-York, c'est carrément plus compliqué. Nous travaillons avec des équipes sur place et les acteurs principaux qui font le voyage. Cela dit, les endroits de production restent un casse-tête. Je dois aller sur le set de Miami à Long Beach puis me rendre dans les locaux de la société qui réalise les effets spéciaux. Je n'arrête pas…

On a parlé d'une possible exportation des CSI dans toutes les villes du monde ? Est-ce possible ? [NDA : L'interview a été réalisé avant que TF1 ne produise RIS, clône de CSI, en rachetant le concept d'une série italienne…]
L'idée est bonne, je pense. La série est universelle car malheureusement, le crime existe partout. Vous pouvez donc avoir des policiers scientifiques à Paris, Londres ou Stockholm. Pour Londres, je pense que si Gil Grissom va donner des leçons à Oxford, on peut vite trouver un moyen de lancer un CSI : Londres par exemple.

Vous pouvez nous expliquer où nous sommes ?
Sur le décor même de CSI. C'est une réplique améliorée d'un vrai local de Police Scientifique avec des machines rigoureusement identiques. La seule concession est l'installation massive de panneaux de verre qui permettent plus de solutions visuelles.

Comment expliquez-vous le succès de la série ?
C'est une combinaison de facteurs. On raconte des histoires aux gens en leur montrant que rien n'est simple et que la mort n'est jamais bien loin. Et le pire, c'est que tout est à peu près vrais. La réalité est bien plus intéressante que la fiction. Après, la narration faite de séquence explicative, les effets 3D, c'est sur que c'est quelque chose que nous n‘aurions pas pu faire avant, en tout cas pas dans les cadences de productions du prime-time américain. Ce qui change c'est que nous sortons du traditionnel face-à-face entre criminel et policier. Nous utilisons toutes les techniques les plus en pointes.

Pour les histoires, à la longue, ça n'est pas toujours un peu les mêmes ?
Tout ce que nous avons à faire, c'est demander. Bien sûr, parfois, il y a des histoires que l'on doit déformer, distordre mais basiquement, on peut dire que nos histoires s'inspirent de faits vrais. Et des meurtres, aux Etats-Unis et de manière générale dans le monde, il y en a eu des tonnes. Donc à ce niveau, on est plutôt bien…

A suivre...





 
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