Série  
Truc, machin, bidule qui se regarde avec un paquet de Dragibus sur les genoux. Gros plan sur les fictions que vous ne regardez peut être pas.




Le grand méchant House
Après un visionnage bâclé, où/et si l'on est journaliste d'un hebdomadaire de télévision qui collectionne les couv' de reality-chanteurs on peut vite penser qu' « House, M.D » n'est qu'une banale ressucée de ce qui fait le succès d'un paquet de séries actuelles. Avec son look de medical drama croisé à des effets dignes d'un épisode de « CSI », - l'insupportable musique des Who en moins - « House, M.D » n'épate pourtant en rien par son style où l'originalité de son propos. Tout est dans la nuance et le jeu de son personnage principal. L'une des trois meilleures séries actuelles.


Une très bonne série a rarement un mauvais générique. Dès les premières notes de « Teardrop » de Massive Attack et le visage de l'intrigant Dr House en transparence derrière une radiographie de boîte crânienne, on sait qu'on va avoir droit à quelque chose qui tient plus que la route. Tempo lent et stylé. Montage à l'unisson. Des croquis anatomiques complexes, une rivière de la Nouvelle-Angleterre où file un huit sans barreur au soleil couchant, « House, M.D » (traduite chez nous par « Dr House ») nous installe dans un cadre, une ambiance, l'excellence de la recherche, un hôpital de pointe et nous demande de faire confiance au Dr House et à son équipe de super docteurs, tous jeunes et beaux. La série ne prétend même pas vous montrer réellement la vie hospitalière. L'hôpital est impeccable, les moyens quasi-illimités, les praticiens enfilent les titres universitaires comme d'autres les perles et ce n'est pas là qu'il faut chercher les spécificités de cette fausse série médicale. Parfaite pour réviser ses exams de 5eme année de médecine, « Dr House » nous sort de l'intrigue purement médicales à la Urgence dans laquelle House ne tiendrait pas dix minutes (excitant cross over quand même). En fait « Dr house » tient plus du thriller psychologique et médical. Mais attention un thriller où le serial-kiler est un pneumocoque doré mutant ou une variation rarissime de la maladie de Hochkins (un cas sur huit millions). C'est dans l'inattendu que le Dr House tire sa raison d'exercer. En tout cas, c'est ce qu'il prétend.
Pour analyser « House, M.D », il faut parler un peu de ses créateurs. Si David Shore ne dit absolument rien aux profanes ou aux moins profanes que vous êtes, (il a quand même signé des scripts de « Law and Order » et de la trop méconnue « Due South », j'espère que Paul Attanasio, à qui l'on doit l'adaptation ainsi que les premiers épisodes d' « Homicide : Life on the street » mais aussi « Gideon's Crossing » vous dit quelque chose. Ne parlons pas de « Bryan Singer », réalisateur autiste dont vous avez peut-être apprécié « Usual Suspects » ou « X-Men » ou le dernier « Superman returns ». La réunion de ces talents donne pour résultat, une série à ambiance qui ne vaut pas particulièrement pour son côté visuel. Tout juste pouvons-nous voir, à la façon des « CSI », des scènes 3D censées nous expliquer les pathologies dont souffrent les patients du Dr House. La réalisation se concentre sur l'ambiance. Non, dans « Dr House », le truc intéressant c'est le Dr House. Ce qui tombe quand même plutôt bien. Derrière les sarcasmes, souvent pas mal vus, de ce surdoué de la médecine à qui l'on ne refuse rien, se cache un être complexe. Capable de jouer avec la vie d'un patient juste pour prouver qu'il a raison ou bien tort. D'embaucher un brillant neurologue parce qu'il a un casier judiciaire , résultat d'une jeunesse un brin tumultueuse. Capable d'être le seul à voir que le Dr Cuddy, pulpeuse directrice comme on doit en trouver peu à l'Assistance publique a envie de lui sauter dessus. Le Dr House et sa vilaine habitude de gober des calmants comme si c'était des Smarties n'a qu'une passion, qui vire à l'obsession. Etablir le diagnostic le plus parfait. Et ce n'est pas facile. Paul Attanasio à qui l'on doit l'impeccable mais trop déprimante « Gideon's Crossing » pourtant à peu près sur le même thème, fait valoir sa science du cas médical épineux. On tremble moins que dans les moments réussis d' « Urgences ». On sourit juste quand on voit que House avait raison. Même quand le père d'une patiente lui envoie un Mawashi-Geri, même quand les médecins de son équipe le prennent pour un dingue estropié, même quand on sait que House gagne toujours à la fin, ça fonctionne. Le médical est bousculé par l'enquête. Un thriller se dessine. Chaque semaine, House part à la recherche de la pire bande de salopards. Microbes incurables, tumeurs malignes et compagnie.
Raconté comme ça, c'est loin d'être l'éclate mais en fait « House M.D » est une série à laquelle on s'accroche. C'est imperceptible mais très vite, on a envie de savoir ce qui se cache derrière ce médecin brillant qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. Qui se fait des ennemis, guérit les gens tel un faiseur de miracles et se sent très seul. Derrière la remarquable prestation de Hugh Laurie, c'est le désert. Les autres médecins ont autant de charisme qu'un bistouri électrique d'occasion. Robert Sean Leonard (le mec du Cercle des poètes disparus et… du cercle des poètes disparus) a un rôle qui finit par être épatant tellement il est chiant. Un rôle chiant, qui lui vaudrait tout de même l'Emmy de la catégorie – si elle existait. Car dans « Dr House » tout est fait avec précision et talent même la distribution des rôles chiants.
Et puis il y a la back-story, figure de style à la mode, celle qui nous fait dire que nous allons en apprendre des vertes et des pas mûres à propos du claudiquant Docteur. La venue dans certains épisodes de personnage ayant partagé sa vie vont nous conforter dans notre idée de départ. « House, M.D » est un classique à voir absolument. C'est la dernière fois qu'on vous le dit.

Eric Vérat

E.V
 
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