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Valise à roulette sous le bras, passeport en règle et débarquement du côté de L.A. La ville de l'entertainment comme si vous y étiez.

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| Au pays des séries |
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La mecque du cinéma mondial est également un endroit stratégique pour la production des fictions télé. "The Shield", "Urgences", "Les Experts", "House" , la plupart des séries majeures y sont produites ce qui conduit à une densité sans précédent de créatifs au mètre carré. C'est dans cet univers excitant mais impitoyable que nous vous emmenons. Suivez le guide !
« Quand vous arrivez à New-York, il n'y a plus d'autres endroits où aller. C'est le sommet du monde » a écrit Dos Passos. Los Angeles, c'est un peu pareil pour quelqu'un qui s'intéresse à l'univers de la télévision. Médium conservateur, la télévision américaine déroule le même calendrier depuis des décennies. Et même si depuis quelques années, certains tentent de changer les règles, avec le lancement de certaines séries durant la période estivale par exemple, on peut estimer que le modèle « Hollywoodien » a encore quelques beaux jours devant lui. Deux énormes raisons à cela.
1) La télé est devenue aujourd'hui une sorte de série B qui se permet tout. Sur le fond comme sur la forme. Il n'y a qu'à voir le culot de "24" ou de "CSI / Les Experts". Les nouvelles expérimentations du câble avec des séries comme "Les Sopranos", "The Shield", "Weeds", "Dexter" ou "Le nombril de David" pour s'en convaincre. La télé est une zone de créativité qui surpasse le cinéma. En tout cas celui d'Hollywood. « Hollywood aujourd'hui, c'est des studios qui lancent dix gros blockbusters hyper-calibrés chacun par an, des films armés de castings prestigieux où d'effets spéciaux impressionnants. Les majors tablent sur la réussite planétaire de leurs énormes machines pour équilibrer leur compte. Ca donne des films parfois efficaces, certes mais où l'on ne trouve plus de personnages sortant des sentiers battus. En télévision, les auteurs ne peuvent pas tout miser sur des effets spéciaux. Les budgets alloués ne le permettent pas. Il leur reste l'épaisseur de leurs personnages et l'audace des formats» nous explique Brian Lowry, l'un des éditorialistes du tout-puissant hebdomadaire Variety.  2) Seconde raison quant à la perénité du système. Il est tenu fermement par les auteurs qui y trouvent leur compte et font du Hollywood de la télé un endroit inventif. Le scénariste est placé au centre de ce système. Il a en main tous les atouts lui permettant d'aller vers l'œuvre la plus personnelle possible ou en tout cas la moins défigurée – une grosse différence de taille avec ce que l'on observe chez nous. La période est tout de même à l'inquiétude. Le marché publicitaire, après s'être effondré ces dernières années, s'est fragmenté et confie ses budgets aussi bien au câble qu'aux networks. Les budgets se sont donc émiettés. Depuis quelques saisons, la tendance parmi les studios et les networks est au recyclage. Quand une série fonctionne, on la décline. Exemple avec "CSI / Les experts" que ses producteurs ont transformé en "CSI/Miami" et "CSI/New-York" ou encore les quatre séries de Dick Wolf toutes issues du moule "Law and Order" (Police District). L'autre tendance, plus démoralisante, pour les auteurs, c'est la real TV, Les chaînes cherchent à faire du volume sans dépenser trop d'argent et là, les auteurs ne sont pas contents. De ses bureaux d'Hollywood Boulevard, Stephen J.Cannell - vous savez le barbu permanenté qui tape frénétiquement à la machine à la fin du générique de la quarantaine de séries qu'il a créé- ne dit pas autre chose. « Producteur de télévision devenait un métier complètement impossible à faire. La concentration des studios et des networks a mis fin d'une certaine façon aux rôles des indépendants comme moi. Et puis, la real TV occupe de plus en plus de temps d'antenne. A peu près 40% du prime-time. J'ai donc décidé d'arrêter pour me consacrer à la littérature ». Papa de personnages de télévision immortels comme Baretta, l'agence tous risques, Un flic dans la Mafia, les Têtes brûlées, représentant d'une télé populaire, à la qualité irrégulière mais ludique et inventive, Cannell parle de cette époque comme d'un âge d'or révolu. La page télé est définitivement tournée au profit de la littérature. Cannell est devenu l'auteur de polars efficaces , bientôt adaptés au cinéma pour certains d'entre eux, qui trouvent leurs intrigues dans les avenues larges et infinies de L.A. « En télévision, tout ce que vous imaginez dans une scène, aussi génial soit-il, peut être remis en question par un chef décorateur, par un cascadeur, par un acteur principal… Votre écriture doit prendre cela en compte. Désormais dans mes romans, je bénéficie d'une liberté sans restriction, si je veux passer dix pages sur la description d'un bar, je le fais ».
A l'autre bout de la ville, Rob Long, producteur de la sitcom Cheers et auteur d'un roman-culte « Conversations avec mon agent » nous reçoit dans sa confortable maison de Venice Beach. Arrivé dans le business à la fin des années 80, il a connu la période dorée des années "Friends-Urgences-X-Files" où les studios ne voyaient plus de limites à leur expansion. « Les studios ne faisaient pas dans la dentelle. Ils signaient tout le monde. Ils sortaient le carnet de chèque et boum ! Tout ça a bien sûr mené à des situations complètement irréelles. Un de mes amis a signé un deal de développement d'une durée de deux ans. Un million de dollars en échange d'une idée ou deux. A la fin de la première année, visiblement pas prêt, il est allé voir les gens du studio et il leur a dit très sérieusement : Ecoutez, cette année, je n'ai pas eu d'idée mais je vous promets que l'année prochaine j'aurais quelque chose…A cette époque, les gens ont vraiment fait n'importe quoi ! ». Aujourd'hui, tout ça, c'est fini. On ne signe plus de deal aveugle. Sauf si on s'appelle David Lynch ou James Cameron. Et encore… Le développement est considéré plus que jamais comme une phase cruciale du business hollywoodien. Mais désormais l'argent est confié à des valeurs sûres qui ont de plus en plus de comptes à rendre.
Le développement : phase cruciale, Kathy Busby en sait quelque chose. Serveuse dans un bar à Paris durant ses études, Kathy parle dans un français craquant. Elle est responsable du développement chez Carsey-Werner-Mandabach, le dernier studio indépendant d'Hollywood à qui l'on doit des sitcoms du calibre de Cosby show, Roseanne, Troisième planète après le soleil, "That 70's show"… Kathy va présenter les projets de son studio aux grandes chaînes, sa mission : les convaincre d' apporter un financement. Pour être crédible et innovante, vis-à-vis des chaînes qui voient passer des milliers de projets, Kathy traque inlassablement de nouveaux talents. Elle arpente les salles de spectacles du quartier d'Hollywood ou du strip. C'est là que se sont produits la plupart des futurs grands comiques US, de Jerry "Seinfeld" à Bill Murray en passant par Eddie Murphy ou Chris Rock. « Hollywood n'invente plus grand chose. Aujourd'hui la mode est aux fictions qui n'ont pas l'air d'en être comme "Curb your enthusiasm" de Larry David (le co-créateur de Seinfeld). La sitcom classique est morte et nous devons faire des efforts de format. La real-TV nous a fait prendre conscience du danger qu'il existe à ne pas nous renouveler. […] Chercher de nouveaux comiques est une façon de trouver des gens qui peuvent parler des sempiternels thèmes développés ici, à savoir l'amour, la famille, l'amitié… C'est ça mon job ! ». Ce soir-là, Kathy nous invite dans un des nombreux café-théâtres qui pullulent dans les blocks avoisinant Hollywood et sa perpendiculaire Highland avenue. Soirée d'avertis, les scouts de différents studios sont dans la salle. Une demi-douzaine de comiques se succèdent. Eclats de rires soutenus et triomphe pour l'une des comiques. Une grande blonde qui commente avec une ironie certaine un montage diapo basé sur des poses ridicules. Kathy est contente, elle va proposer à cette comique de rencontrer ses patrons. « On va lire ensemble des trucs qu'elle a écrit, on va lui demander ce qu'elle aimerait dire dans une sitcom et puis après on pourra discuter développement. »
Le développement, Tim Fall est en plein de dedans. L'une de ses idées a été retenue par un studio et une chaîne qui voudrait maintenant passer à la phase du pilote. Rendez-vous a été pris dans un café tranquille et ensoleillé de Santa-Monica. Au téléphone, Tim nous prévient qu'il aura des lunettes de soleil, un cappucino et un ordinateur portable. Au 18th Santa Monica avenue Coffee House, la totalité des tables sont occupées par un Tim Fall potentiel. « C'est mon bureau ici, je vois tous ces gens très régulièrement, je ne sais pas ce qu'ils font, je me doute (rires). A santa-monica, des gens qui travaillent toute la journée avec un ordinateur sur une terrasse sont quasiment à coup sûr des auteurs… » Tim a un parcours assez atypique. Comédien de formation, il a obtenu quelques rôles réguliers dans des sitcoms inédites en France. « A la seconde où j'ai pénétré sur un set de télévision, j'ai su que c'était vers l'écriture que je voulais me diriger. C'est là qu'est le vrai pouvoir, celui de raconter des histoires. Et en télévision l'auteur les maîtrise de bout en bout. Le problème, c'est qu'à Hollywood, les gens vous cataloguent assez vite. Et un comédien, sauf si c'est un grand comique, n'écrit pas. Pendant deux longues années, on m'a pris pour un fou « le type qui joue et qui veut écrire ». Aujourd'hui, je suis un auteur à part entière, l'ambiguïté n'existe plus ». Le soleil tape dur sur la petite terrasse. Tim en profite. Dans les jours qui viennent, il va intégrer des bureaux dans l'enceinte des Gower studios situés près de Hollywood Boulevard. Adieu tranquillité. Mais le succès est à ce prix.
S'il y en a qui forcent les portes de la télévision. D'autres qui s'y retrouvent sans n'avoir rien demander à personne. C'est le cas de Danny Cannon, citoyen britannique débarqué à Hollywood en tant que réalisateur de films comme "Judge Dredd" et plus récemment "Goal, naissance d'un prodige". Cannon est contacté par Jerry Bruckheimer, à l'époque en développement de ce qui allait devenir "SI / Les experts". « Ils m'ont demandé de venir créer le style visuel d'une nouvelle série policière dont la narration serait différente. J'ai participé à la conception graphique du pilote puis je suis reparti sur d'autres aventures. C'était sans compter Jerry Bruckheimer et William Petersen qui m'ont demandé de revenir afin de superviser le visuel de leur série. Et comme on ne dit pas non à ce type de personnages, très vite, j'ai su qu'en télévision, la création allait souvent de pair avec l'écriture. Je me suis donc mis à écrire des histoires en liaison avec nos consultants qui sont tous d'anciens spécialistes. » CSI / Les experts contant les enquêtent méticuleuse de la brigade de médecine légale de Las Vegas, les histoires tournent autour de détails médicaux ou de criminologie. « Nos histoires vont de A jusqu'à Z, nous leur demandons de nous apporter les lettres intermédiaires. » Voix suave, accent so british, Danny Cannon s'excuse mais il doit partir à Long Beach, lieu de tournage du spin-off CSI Miami où il occupe également les fonctions de producteur exécutif. Tout cela avant de rentrer en production de CSI : New-York… Gros planning assuré dans les mois qui viennent.
A Hollywood quand on travaille, on travaille. Une maxime que reprend à son compte Rob Long, l'auteur de « conversations avec mon agent » : « c'est vrai que nous sommes au bord de la mer dans une ville au climat plutôt clément mais que personne ne s'y trompe, développer des projets dans cette industrie est une activité très dure. Les gens qui ont la chance de travailler gagnent très bien leur vie. Mais je peux vous promettre que ça les vaut… » Tous les membres de l'industrie du divertissement que nous avons rencontré sont totalement impliqués dans des jobs qui se confondent avec passion. Travailler sur un show demande une attention de tous les instants, beaucoup de self-control, de la persuasion et de l'initiative. Et accessoirement des journées de 12 à 14 heures… « Les grands producteurs sont de grands créatifs doublés de businessmen qui doivent traiter avec les agents, les avocats, les executive des chaînes et des studios, les casting director. Tout le monde veut quelque chose de vous. Tout le monde veut vous vendre quelque chose. Une idée, un client, une baisse de budget… On est donc bien obligé d'être des businessmen autant que des créatifs. Ce n'est pas facile et pas naturel pour un auteur. Nous, on est paresseux, dans l'idéal, on préférerait rester chez nous à écrire et boire du café. » explique Rob Long installé confortablement dans un fauteuil club de sa bibliothèque.
Dans les locaux de Variety, Brian Lowry confirme. « Les grands producteurs comme John Wells, David Kelley ou Steven Bochco sont des gens capables de gérer sur divers plans leurs productions. Quelqu'un comme Dick Wolf est plus un véritable businessman qui envisage les projets en terme de franchise, de fenêtre de diffusion, de vente à l'exportation. Mais globalement, je dirais que l'on a plus à faire des créatifs qui s'improvisent businessman que l'inverse. » C'est dans ce système que naissent les plus grandes séries du moment. L'argent se fait rare et la créativité n'a jamais été aussi recherchée. Jeff Greenstein sait de quoi il parle quand il évoque la comédie à la télévision américaine. Producteur exécutif de Dream On, dont il a écrit quelques-une des meilleurs épisodes. Il rejoint le trio Bright-Kauffman-Crane sur le méga-hit Friends. Il vient de passer également trois saisons à la tête de Will and Grace. Il est en développement d'une nouvelle… comédie. On ne se refait pas. « Le format de la situation comedy à trois caméras [système qui englobe la majorité des sitcoms classiques] est moribond. Friends a maintenu la mode de ces comédies. On a connu avec Friends et Frasier ou Everybody Loves Raymond ce qui pouvait se faire de mieux. Il faut désormais penser à autre chose pour les saisons qui viennent. »
Sur les dizaines de séries qui sortent chaque année, quelques-unes sont appelées à exister plus de quelques saisons. Deux ou trois deviendront des hits rémunérateurs à l'instar d' "Urgences", "Friends" ou "CSI". Pendant ce temps, la machine à écrire ne s'arrête jamais. Les auteurs continuent à proposer leurs idées à des studios qui rêvent de la série au jackpot planétaire. La conclusion pour Rob Long, observateur passionnant de ce petit univers. « Steven Spielberg a coutume de dire qu'il ne fait que des films qu'il irait voir. Je crois que c'est plutôt un raisonnement sain. Et puis quand vous foirez, vous savez au moins pourquoi ! Il n'y a pas de recette pour savoir si un show va marcher. C'est simplement un mystère. Nos idées sont jugées par 200 millions de téléspectateurs que nous ne connaissons pas. A L.A ou New-York, nous croyons tous savoir mais l'Amérique reste un mystère. J'ai lu une statistique qui dit qu'une personne qui avoue adorer une série ne regarde qu'un épisode sur quatre ! Normal, les gens ont une vie, des enfants, ils ne bâtissent pas leur vie autour de la télévision. C'est dur, quand vous vivez ici, de penser que vous n'êtes pas au centre des préoccupations de tous les Américains. » |
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