Série  
Truc, machin, bidule qui se regarde avec un paquet de Dragibus sur les genoux. Gros plan sur les fictions que vous ne regardez peut être pas.




Cold Case : La meilleure série que vous ne regardez pas
Murdershow stylé, "Cold Case", la dernière des séries de l'avisé Jerry Bruckheimer, compense son relatif manque d'originalité par une réalisation épatante.
Un Cold Case, c'est une enquête froide. Quelque chose dont plus personne ne veut entendre parler. Une affaire qui n'a jamais trouvé de résolution. Une histoire sans dénouement. Et si à Hollywood, on a peur de quelque chose, c'est bien de ça. La dernière production Jerry Bruckheimer se décide donc à démarrer là où ses autres séries ("CSI / Les Experts" ou "FBI : Portés disparus") s'arrêtent parfois. Le meilleur atout de ce show inventée par Meredith Stiehm, une productrice vétérante que les avertis auront déjà vus sur les génériques d' "Urgences", "NYPD Blue", "Washington Police" ou la géniale "Bienvenue en Alaska", c'est de jouer avec l'un des meilleurs matériaux dramatiques qui soit. Le secret. Celui qui ronge une famille, une amitié, une passion ou un mariage. C'est sur ce terreau que peuvent se bâtir les pires crimes et les pires vengeances. C'est la véritable originalité de la série. Celle qui lui donne toute sa froideur et son intensité. Si on regrette, après le visionnage de la première saison, le peu de coup de théâtre que cette fiction nous réserve, on ne peut être qu'admiratif devant la mécanique mis en branle pour nous faire avaler tout ça. Car même si les éléments semblent toujours un peu tombé du ciel, "Cold Case" est si bien emballée et si bien interprétée qu'on lui accorde le bénéfice du doute. On se met à y croire.
Formellement, "Cold Case" a du caractère. Elle prend pour toile de fond un univers bien défini. La ville de Philadelphie, deux millions d'âmes, morceau de mégalopole coincé entre New-York et Washington, où la noirceur humaine fait aussi escale. La série visite aussi bien les cités-ghetto blacks que les intérieurs les plus bourgeois. Une brigade remplie de flics qui font leur job, juste leur job. Costards cravate, café géant dans les mains et pas trop l'envie de rigoler. La série est impeccablement photographiée et joue habilement avec les différentes époques. Elle superpose des flash-backs, visions multiples de ce qui s'est passé lors du drame. On n'est pas dans l'interprétation ("FBI : porté disparu" mais dans le témoignage ("Boomtown"). Les histoires sont rythmés par ce mélange de scènes du passé, de scènes au présent et parfois même d'un très réussi mélange des deux. Tout ça grâce à un casting épatant qui permet au réalisateur de ne pas avoir à trop en faire. "Oui, ce type c'est bien l'autre mais avec trente de plus". L'utilisation du flash-back est le point fort visuel de la série. Un véritable langage. "Cold Case" va même plus loin en donnant parfois aux personnages du présent leur apparence du passé. Histoire de mieux montrer que l'on reste toujours les mêmes. Et qu'on ne peut pas se cacher derrière le temps.
Le tout est filmé avec goût et efficacité. La série avance à grands coups d'élipse. Lilian Rush, l'héroïne permanentée (mais pas sans charme) fonce. On s'épargne les longues discussions (celles qui peuvent être dans certaines séries un atout comme dans d'autres un désavantage). Dans cette série sans véritable action mais pas sans tension, on a surtout envie d'en savoir plus sur les personnages récurrents. Les premiers épisodes laissent entrevoir la faiblesse de l'héroïne, divorcée d'un homme violent et donc un potentiel d'intrigue la concernant plus personnellement. Une situation appliquée avec succès dans Comme dans "FBI : Porté disparu" (destin d'Anthony La Paglia) et "CSI / Les Experts" (destin de William Petersen), la formule relativement rigide appliquée à chaque épisode va devoir laisser la place à une ambiance à des interactions entre les personnages qui ne relèvent pas de l'intrigue du jour mais d'un destin plus général. L'installation de l'univers, l'empathie du public pour ces personnages est à ce prix. "Cold Case" ne déroge pas à la règle. Très vite, on sent une multitudes de choses passer dans le regard de Lily Rush : envie de justice, pitié, colère, dégoût. C'est bête à dire, mais ça fonctionne notamment dans les très beaux épisodes comme « Des gens bien ».
Techniquement, la série est irréprochable. Les producteurs de la trempe de Bruckheimer (Michael Mann pour "RHD/LA", Graham Yost pour "Boomtown" ou Shawn Ryan pour "The Shield") poussent actuellement la fiction télévisée vers des sommets en terme de formalisme. On évoquera, cette mise en scène, à la fois très classique et en même temps très haut de gamme. Rien n'est laissé au hasard. Joli travail de bande-son avec des évocations à des décennies passées (Spandau ballet, Barry White, Billy Joel, Madonna, George Michael, Foo Fighters…) à l'aide de tubes de l'époque choisie (Leur coût en droit d'utilisation doit égaler à peu près celui de l'ensemble de la production française pour une année... ) Cette utilisation de la musique qui pourrait s'avérer cliché ou pourrait dater la série lui donne au contraire une épaisseur presque une légitimité dans son rapport avec le temps. De même quand dans la partie finale, la série mixe des personnages du passé dans un contexte présent lors de la résolution de l'enquête, on obtient des scène irréelles et très réussies dans lesquelles tout est dit. Scènes sans paroles, regards qui disent l'essentiel. Dur de faire mieux. En 2003, les exigeants téléspectateurs américains ne s'y sont pas trompés en faisant de Cold Case, la nouvelle série la plus regardée de la saison. En 2005, le show continue son ascension en attirant de plus en plus de monde vers ses enquêtes éthérées et sensibles. C'est rarement un hasard.

Eric Vérat

 
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