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Balade dans les différents genres et les différents formats. Grammaire de la série US.

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| Game over : sitcom numérique |
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Après le cinéma, c'est au tour de la sitcom de s'emparer de l'image de synthèse pour composer de nouveaux mondes comiques. Premier exemple du genre : "Game Over", une version revisitée et numérique de l'American Way of life. Entre Tron et Mariés, deux enfants…
C'est une famille comme il y en a tant d'autres en Amérique. Les Smashenburn – patronyme qu'on pourrait traduire par « écrabouille et brûle »- vivent dans un petit pavillon blanc avec une pelouse sur le devant. Les deux enfants de la famille sont des ados complètement dans la norme. Rebelles et désabusés voire un poil nihiliste. Les parents, en revanche, ont des professions qui sortent de l'ordinaire. Le père est pilote de Stock-car et ne se sépare jamais de sa combinaison tandis que la mère exerce ses talents dans la chasse de tombes archéologiques. Un job dans lequel excelle l'une de ses cousines, une certaine Lara Croft. Turbo, l'animal de compagnie du foyer est une sorte de chien obèse qui fume le cigare comme un pompier et s'enfile du Whisky à longueur d'épisode. Petit détail, tout ce petit monde est fait de pixels qui s'animent. Les Smashenburn sont les héros de "Game Over", une sitcom en image de synthèse qui ne dura que quelques épisodes durant la saison 2003-2004.
L'idée est née dans les couloirs de la maison Carsey-Werner-Mandabach, ou entre deux hit planétaires de la trempe de "The Cosby Show", "Roseanne", "Troisième Planète après le soleil", "That 70's show", on a pensé à une série mettant en scène la famille, cheval de bataille de la firme. Cette fois-ci le challenge est décuplé. Car, l'écriture et le ton de la série doivent faire oublier son caractère numérique réputé comme froid même si les productions Pixar avec la série des "Toy Story" ou Dreamworks avec les "Shrek" ont très bien déblayé le terrain. Cette petite perle cathodique, on l'a doit à David Sacks, auteur très en forme quand il s'agit d'écrire des âneries intelligentes puisqu'on a pu le voir à l'œuvre sur la cultissime série "The Tick" où les aventures absurdes d'un groupe de super-héros tous les plus nuls les uns que les autres.
Dave Goetsch, l'un des créateurs de "Game Over" et ancien producteur de la sitcom "Troisième planète après le soleil", explique très bien l'un des moteurs de son inspiration. « Nous avons la chance d'écrire une œuvre inédite à la télévision américaine. "Game Over" est la première série en image de synthèse pour le prime-time. Notre idée a tout de suite été de se dire que peut nous apporter ce format et cette technologie au niveau de notre narration ? Tous les auteurs à hollywood rêvent de changer les choses. D'écrire la comédie qui fera bouger l'humour. "Game Over ""est surtout l'opportunité pour nous d'aller assez loin dans nos délires. On peut utiliser le sang, la violence, l'humour pipi-caca sans que cela soit aussi problématique que dans des sitcoms classiques de prime-time. ».
Dans ce prime-time américain, ils sont bien peu les projets en animation qui ont pris racine. "Les Simpsons" de Matt Groening restent la référence incontestée. Une 17eme saison est là pour en attester. Si l'on excepte, ce phénomène pop-culturel assez exceptionnel que représente "les Simpsons". "The King of the Hill" est la seule autre série ayant résisté. Exit, "Futurama", nouvelle transposition de l'univers coloré de Matt Groening, dans le futur cette fois-ci, "Family Guy", critique au vitriol de la famille américaine, "Spawn", remarquable adaptation du comic de todd McFarlane. "South Park"est l'autre grande exception mais sa longévité vient de sa présence sur le câble et d'une fabrication quasi-artisanale. Dans une logique grand public, créer ce type de produit reste donc très difficile. Il faut tout de même dire que le processus de fabrication n'est pas des plus simple. Dave Goetsch explique très bien tout cela : « En animation, on n'a jamais vraiment terminé. Les scripts sont écrits bien longtemps à l'avance mais durant la fabrication des storyboards puis des images définitives, l'histoire se transforme. Si "Les Simpsons" sont produits en cadence industrielle, c'est qu'avec le temps, ils ont acquis des automatismes d'écritures et de validation avec la chaîne qui leur permette de se concentrer sur d'autres points. ».
Si "Game Over" existe c'est parce que la télévision vit une crise de l'idée. Kathy Busby qui développe des projets pour Carsey-Werner-Mandabach et notamment "Game Over" explique : « Il n'y a plus de nouveaux thèmes. On cherche plutôt des formats différents, de nouveaux angles pour raconter toujours les mêmes histoires de familles, d'amour et d'adolescents mal dans leur peau. ». D'où le recours à la synthèse. «Je pense que ce moyen aurait déjà été utilisé si les coûts n'avaient pas été, jusqu'à présent, prohibitifs. La démocratisation des outils numériques est une sacrée aubaine. » analyse Dave Goetsch. « Je pense aussi que l'animation et l'univers des jeux vidéo arrivent dans un âge de maturité. Contrairement à ce que l'on pense, les utilisateurs de jeux vidéo ne sont pas que des enfants mais surtout des adultes trentenaires. ». La crise des idées, la démocratisation des moyens de création associés à un nouveau public pour ce type de programme, il n'en fallait pas plus pour que Carsey-Werner-Mandabach, plus gros studio indépendant de l'industrie, ne viennent mettre son nez averti dans cette aventure. Autre argument principal pour les décideurs de la compagnie, la série est produite pour 800 000 dollars/l'épisode, tandis qu'une sitcom moyenne tourne plutôt autour du million. Mais attention, ne vous méprenez pas. Tout est réuni pour produire de la qualité. La série a trouvé son point d'équilibre en étant fabriqué au Canada chez DKP effects. Pour le reste, les moyens sont conséquents. La série bénéficie d'un casting haut de gamme. Patrick Warburton, comédien délirant que l'on a pu apprécier dans "Seinfeld" et la trop courte "The Tick" (parodie de super-héros) endosse le rôle de Rip Smashenburn, le mari lâche et maladroit tandis que le personnage de Rachel est tenu par Lucy Liu, joli minois que l'on a pu voir dans "Ally McBeal" ou "les Drôles de dames" version grand écran. Turbo, la chose-animal de compagnie de la famille éructe et jure grâce à la voix d'Artie Lange, comique américain dont on a pu apprécier les talents dans la sitcom "Norm".
Les moyens sont mis aussi dans le marketing. Nerf de la guerre en télévision américaine pour avoir une chance d'être visible. La série assume complètement le côté jeux vidéo en déployant toute une stratégie visant à séduire les prescripteurs de cette industrie devenue plus rémunératrice que le cinéma. Le sérieux du travail de Goetsch et sa bande associé à la réputation de Carsey-Werner-Mandabach a permis de convaincre les plus grands éditeurs de jeux vidéo de prêter aux auteurs leurs personnages. La série ne se déroule pas simplement dans un environnement de jeu vidéo. Elle vit avec eux. L'éditeur anglais Eidos donné son feu vert pour que son personnage-vedette, Lara Croft, vienne faire une apparition dans un épisode où elle joue la cousine de Rachel. Sont attendus d'autres guests du calibre de Mario, l'égérie à moustache de Nintendo. Le prolongement de tout cela se matérialise sous la forme d'un site internet au visuel très jeu vidéo. Un site que Dave Goetsch imagine comme un lieu de rencontre des fans. Un lieu où les concepteurs de la série voient bien les plus talentueux des internautes construirent eux-mêmes des personnages qui viendraient enrichir le show.
"Game Over" n'est pas simplement une bonne idée de fiction. C'est un univers qui prend forme. Une seule crainte pour la chaîne UPN selon l'hebdomadaire "Hollywood reporter" : que les téléspectateurs aiment tellement la série et qu'ils se précipitent dès le mot fin sur leur console de jeu. Faudrait savoir…
L'avis de Séries.etc Les clichés ont la vie dure. Depuis Tron en 1982, qui inaugura le genre, les productions en images de synthèses traînent cette réputation d'être froides et désincarnées. Sans vie. "Game Over" trouve le moyen de battre ce principe en brêche tout en assumant complètement son statut. La comédie de synthèse en rajoute même une couche, plus encore que "Toy Story", dans l'auto-dérision, puisque ses personnages proviennent directement de l'univers du jeu vidéo. Il est donc logique qu'il soit d'apparence numérique. Calquée sur le modèle d'une sitcom, "Game Over" ne prend peut-être pas assez de libertés avec le format. Tout ce qui a fait le succès des "Simpsons". On sent l'impertinence poindre mais sans que ça aille vraiment jusqu'au bout. Heureusement, les auteurs de "Game Over", mâitrisent parfaitement leur sujet. Bon connaisseurs de l'univers des jeux vidéo, ils distillent des allusions qui font le bonheur des initiés. Le tout reste complètement accessible au plus grand nombre – entendez par là les 15-40 ans. Les personnages ne sont pas aussi aboutis que "Les Simpsons", modèle du genre, même si c'est sur la durée que ces derniers se sont affirmés comme les plus remarquables caricatures de l'Amérique contemporaine. L'écriture se focalise sur le décalage entre les personnages de synthèse, leur rôle dans leurs jeux vidéo respectifs et leurs tâches quotidiennes similaires à celle de n'importe quelle famille moyenne. Et ça fonctionne.
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