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Lost - Saison 1
Lost - coffret saison 1
créée par Matt Lindelof et JJ.Abrams

"Lost" est une série à énigme. Admirablement mise en image (grandiose ou intimiste), la série rentre en résonance avec l'actualité (on pense au 11 septembre, à l'irak…), assume son côté real TV / jeu de rôle. "Lost" a aussi les défauts de ses qualités. C'est très bien fait, c'est peut-être trop bien fait. Victime de son nouveau pouvoir au sein du Hollywood de la télé, JJ.Abrams obtient ce qu'il veut. Il n'a pas eu à trouver des astuces géniales, faute de moyens, comme celles qu'il a distillé tout au long des trois premières saisons d'Alias.

La série aurait certainement gagné à ne pas être produit pour un network majeur. "Lost" fait partie de ces séries qui sont bâties sur une complexe machinerie narrative. Un engin, certes, bien fait mais dont les ficelles aussi fines soient-elles laissent un goût de manipulation et de toc. Appelons ça l'effet "24 heures chrono" . Certains de nos confrères ont parlé d'addiction à propos de la série en temps réel. Ici l'addiction se ferait plus par les mystères et les révélations, c'est énorme et ça passe (formidable intrigue principale du quatrième épisode), un peu comme dans un jeu de rôle. Il faut désormais que les attentes des ne soient pas déçues… La clé de la durée de la série est ici.

Que cela ne vous détourne pas de "Lost", voyage étrange et envoûtant dont personne ne sort indemne. La nouvelle œuvre de JJ.abrams a bien des défauts mais pas celui de nous ennuyer. C'est déjà beaucoup. Outre les épisodes, la série contient des bonus honnêtes sur la génèse de la série ainsi que quelques surprises.



Pour ceux qui ne connaissent pas la série. Petit rappel

Les mondes perdus de JJ.Abrams

Prenez le créateur d'Alias, proposez-lui de produire une fiction plus audacieuse que son technodrama d'espionnage, donnez-lui les moyens de ses envies, quelques acteurs de qualités, une poignée de références, et vous obtenez Lost, la nouvelle sensation du prime-time américain.

« Where are we ? » - où sommes-nous ?- cette phrase-teaser est devenue le symbole de la rentrée US 2004. Martelée à haute dose dans les bandes annonces musclées du network ABC, elle est le point de départ de "Lost", (traduisez « Perdu »), la nouvelle série de JJ.Abrams, OVNI dramatique empruntant autant à Seul au monde (problématique de la survie en vase clos) qu'à "Survivor" (compétition / rivalité au sein du groupe) en passant par "Jurassic Park" (jungle hostile et morceaux de bravoures) ou Sa majesté des mouches, pour son aspect le plus dérageant. Car "Lost" vous met à rude épreuve. Coups de théâtre programmés au millimètre et énigmes à profusion jalonnent les premiers épisodes de la série : un style qui risque bien d'être sa marque de fabrique. JJ.Abrams fait honneur à sa réputation d'habile concepteur d'histoires. Il faut dire que le bonhomme n'en est pas à son coup d'essai. On lui doit ces dernières saisons deux séries importantes : Felicity, et surtout d'"Alias", un show efficace, astucieux qui va droit au but et a renouvelé d'une très jolie façon – et je ne parle pas de la sculpturale Jennifer Gardner – le genre de la série d'espionnage. Tout ce dont la télé peut être capable quand elle essaie de concurrencer le cinéma sans avoir ses moyens.

Pour en revenir à "Lost", Abrams a vu les choses en grand. Son pilote, épisode fondateur de la saga "Lost" aurait coûté plus de cinq millions de dollars. A ce prix-là, on a droit à deux parties, les rivages grandeur nature du North Shore d'O'ahu dans l'archipel d'Hawaï, un casting d'une quinzaine de rôles et des mystères à la pelle. Même si la série s'appuie sur un ensemble cast –un casting sans véritable héros survolant les débats – Matthew Fox (ancien de la série "Party of five" puis de "Haunted") garde un petit avantage, c'est lui qui a la redoutable tâche d'ouvrir la série puis de porter les premières intrigues. Après un interminable carton noir sur lequel on entend le paisible ressac d'une mer paradisiaque… "Lost" s'ouvre sur une scène qui donne tout de suite la tonalité de la série. Matthew Fox, costume froissé, mine du mec moyennement en forme, met quelques minutes à se rappeler ce qu'il fait dans une forêt de bambou, oppressante de verticalité et de calme. Le ton monte imperceptiblement… Un travelling éclair d'anthologie suivi d'une arrivée sur un impressionnant crash aérien. Le montage s'accélère et lance la série.

Le pilote installe une galerie de personnages dont un noyau passionnant. La femme enceinte, l'irakien ex-membre de la Garde Républicaine de Saddam, la rock-star junkie, le beau médecin, la garce, la reprise de justice au charme fou qui bien sûr clame son innocence, un couple asiatique ne parlant pas un mot d'anglais, un homme mûr aux allures de clown triste qui possède un énorme secret (impeccable Terry O'Quinn aperçu dans Millennium). Tout ce petit monde va devoir survivre sur cette île sur laquelle personne ne viendra les chercher (sinon adieu la série). Le pilote de l'avion ayant donné des coordonnées d'une piste de secours avant d'aller s'écraser à mille kilomètres de là… c'est malin.

Paradis ou enfer ? La cohabitation va bien sûr prendre des tournures inattendues. La référence à "Sa majesté des mouches" est ici évidente. Dans le classique de William Golding, on suit les aventures d'une nuée d'enfants livrés à eux-mêmes sur une île déserte. Le livre est un cauchemar, un rappel sans concession de la cruauté de l'enfant hors de tout contexte sociétal. "Lost" part peu ou prou du même principe, mais en restant (mal)heureusement dans les limites du correct. On est sur un network. Au rayon des références, on pense inévitablement à une multitude de films catastrophes et puis bien sûr des œuvres ayant une île (si possible mystérieuse) au cœur de leur intrigue. Abrams pose une multitude d'énigmes dont nous ne parlerons pas afin de ne pas déflorer l'intrigue. Qu'est-ce qui dévore les gens et plie les arbres comme des allumettes ? Qui était convoyé par un US Marshall ? Quelqu'un arrivera-t-il à bricoler le transpondeur, émetteur permettant de donner une position ? Qui va pêter les plombs le premier ? Quelle est la relation qui unit l'homme et la femme asiatique ? Jusqu'au peut-on aller lorsqu'on est toxico en état de manque ?

Abrams n'est pas un débutant, il revient habilement sur chaque personnalité abordée en développant des flash-backs situés au cours du vol. Et nous emmène même dans la vie de tous les jours de ses personnages bien avant le crash. Une façon de quitter le périmètre narratif restreint qui attend les auteurs en ne restant que sur l'île. Un système efficace qui a fait ses preuves dans une série comme "Oz". Abrams utilise à merveille certains matériaux narratifs. L'espace à la fois immense mais complètement clôt, la jungle, enveloppante et oppressante, la musique qui sait parfaitement nous emmener là où Abrams (auteur et également réalisateur du pilote et compositeur à ses heures, le générique d'Alias c'est lui !) le désire. La mise en scène justement, elle vient souligner une écriture classique où Abrams ne se restreint en rien. Il filme à la fois un huis-clos, un film catastrophe à moins que ce ne soit une histoire fantastique. Comme si cet endroit était le paradis où une île d'un genre un peu spéciale... Scènes d'actions aux relents de Jurassic Park – influence spielbergienne garantie pour les scènes à forte dose d'adrénaline, mais aussi un goût certain pour la situation réaliste qui passe en quelques minutes au plus profond cauchemar, Abrams a révisé ses classiques "The Twilight Zone" en tête. Il calme le jeu en filmant cette île magnifique où il installe des relations plus intimistes. Le thème de cette série, celui qui soutient l'ensemble ne serait-il pas que chacun a un secret ? Chaque épisode est un défi. Un exercice périlleux.

Certains concepts forts n'ont pas toujours le potentiel pour faire une série ("John Doe"), encore moins pour garder un public qui a, certes besoin de nouveautés, mais aussi de repères. L'horloge narrative, (le même type d'événements au même moment d'épisode en épisode) ça vous dit quelque chose ? JJ.Abrams adore les défis. Il se dit donc prêt à prendre en main la gestion épineuse d'un show qui va devoir multiplier les effets et les événements au risque de perdre toute énergie. La fin de la première saison n'a pas répondu aux attentes des plus exigeants fans de la série. Abrams, Lindelof and Co vont devoir faire attention. Le mystère à un prix. Et à un moment où à un autre il faut passer à la caisse…

 
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