Moins clinquante et moins rythmée que lors de ses saisons précédentes, « Veronica Mars » tire sa révérence sur quelques épisodes amères et réussis. Le compteur s'arrête là. Bye, bye Veronica !
Finir une série n'est pas une mince affaire. Beaucoup s'y sont cassés les dents. Rob Thomas, le créateur et showrunner de « Veronica Mars » avait eu, lui, le temps d'y penser. Sa série débutait à peine sur l'antenne de la défunte UPN en 2003 que des rumeurs d'annulation courraient déjà. Certains acteurs du casting principal avaient été remis sur le marché par leur agent, signe peu encourageant pour la série alors. La suite avait contredit la rumeur et « Veronica Mars », sans casser la baraque, avait démontrer qu'elle avait sa place artistiquement parlant dans ce monde de brute qu'est le prime-time américain. La série a ensuite passé le cut de la première saison puis de la seconde en enchaînant les tours de force. Photographie sexy, bandes-son inégalable, épisodes à structure, twist malin ou dantesque, guest-stars de standing, « Veronica Mars » restera dans l'histoire de la fiction télé des années 2000. Pour tout ce que l'on a déjà dit sur cette série sur ce type (voire précédentes saisons) . Son côté sucré-rock, ses personnages clichés assumés ou archétypes singuliers et toujours bien trouvés. Cette saison 3 a déçu nombre des aficionados de la série. Ce n'est pourtant pas une catastrophe. loin de là. Le nouveau générique (plus stylé) mais étrangement rythmé laissait entrevoir une rupture dans la conduite de cette série inclassable. Contrairement aux saisons précédentes à l'intérieur desquelles s'articulait une intrigue au long cours à chaque fois résolue, de main de maître (surtout la première) cette saison se présentait avec des intrigues plus courtes (et donc a priori plus difficilement convaincantes). La série a effectivement changé mais elle a gagné en gravité. Veronica (toujours impeccable Kirsten Bell) gagne en complexité. Elle est à la fois plus vulnérable, amoureuse, tout en gardant son esprit rebelle et cet éclair de folie qui peut lui permettre de faire n'importe quoi sur un coup de tête (et ça, c'est très jouissif). Veronica a des rêves, travailler au FBI, elle laisse les cons et les médisants de côté. Une grande leçon de vie et de façon d'être pour une jeunesse dorée qui ne passe son qu'à faire la fête (Logan et consorts). Ce n'est un secret pour personne que de dire que « Veronica Mars » n'a jamais trouvé son public. Malgré son aspect réussi de mystery show hype, malgré sa façon de n'être ni une série ado, ni une bluette, la série de Rob Thomas est restée coincée dans les limbes de l'audience. L'image branchée de la série a supporté un temps cet état de fait mais les chiffres restant les chiffres, les dirigeants de CW ont du prendre des décisions. Une annulation restait gérable. Le problème, et ce n'est pas la première fois que ça arrive, c'est que VM n'aura pas eu le temps nécessaire pour tirer correctement sa révérence. En effet, on ne peut pas imaginer que Thomas aie fait revenir, Leo (ancien adjoint et flirt de Veronica), Van Lowe (némesis de Keith) ou encore Jake Cane pour boucler sa série comme il l'a fait là. En même temps, ce qu'il y a de bien avec les meilleurs, c'est qu'ils font des trucs impeccables avec trois fois rien. Le dernier épisode, écrit par Rob Thomas, retrouve la veine tendue des meilleures épisodes des saisons 1 et 2. De manière plus globale, il y a eu une spirale indescriptible dans le dernier tiers de saison 3, les choses se sont empilées et se sont précipitées, la vie nous réserve des tours parfois pendables. La mort du sheriff Lamb, le crétin qu'on adorait détester en est certainement le symbole le plus voyant. Les ennuis judiciaires de la famille Mars viennent parachever cet étrange virage vers quelque chose de plus désespéré. Comme si Super Veronica n'allait pas pouvoir retomber une fois encore sur ses jambes. Notre héroïne préférée a les honneurs du dernier plan. Après avoir voté avec un étrange sourire aux lèvres, Veronica part se perdre dans une rue d'un Neptune devenu bien trop petit pour elle. Il pleut pour la première fois de la série ou presque. L'adolescence est finie. Bienvenue dans la vie adulte Veronica.
Eric Vérat |