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Le frisson « Tell me you love me »

« Tell me you love me » commence sur une banale partie de base-ball entre enfants. Une femme regarde son mari, quelque chose de furtif passe dans leurs regards. La scène d'après nous montre le même couple se réveillant le matin dans une routine et une usure des sentiments qui les éloignent plus que les trente centimètres qui les séparent dans le lit. La femme va prendre une douche et l'homme en profite pour se masturber. Quand elle s'aperçoit de ça, la femme préfère refermer doucement la porte pour cacher sa tristesse. En trois minutes, le décor est planté.

« Tell me you love me » s'intéresse à l'intimité d'une poignée de couples. Jamie et Hugo n'ont pas trente ans (Michelle Borth et Luke Kirby), ils sont sexuellement très actifs mais ont tendance à faire passer leur complicité sexuelle avant tout le reste. Ce postulat leur explose au visage quand, à l'occasion de leurs fiançailles, Jamie surprend Hugo en train de dire à ses copains qu'il est quasi certain de ne pas rester fidèle toute sa vie. Katie et Dave [surprenante Ally Walker (« Profiler », « Sleeper Cell »] et Tim DeKay), sont des parents comblés que la vie de famille a malgré tout séparé en tant qu'amants. Affichant tous les deux des mines silencieusement insatisfaites, ils ne font plus l'amour et tout cela les affecte de plus en plus. Carolyn et Palek (étonnante Sonya Walger [l'agent Serxner déjà impeccable dans « Sleeper Cell »] et Adam Scott) souffrent de ne pas avoir d'enfants. Après une période où ils ont lutté ensemble pour en avoir, le couple entre dans une période plus tendue où chacun est prêt à renvoyer la faute sur l'autre. Ils consultent une thérapeute, May Forster (Jane Alexander), jolie femme d'âge mûr, qui tente, elle aussi, de garder de la folie dans le couple qu'elle forme avec Arthur, son mari retraité.

Très peu de séries ont, dans la période récente, su renouveler la manière de raconter des histoires en télévision. La faute aux tendances de ces années 2000 où la forme a phagocyté le fond. Les séries Bruckheimer et l'hyper-feuilletonnant sont passées par là. Rien de tout cela avec « Tell me you love me ». Série sensible et nue, comme beaucoup de ses personnages à l'occasion de scènes crues et visiblement non simulées qui parsèment le pilote. Série dont l'efficacité vient justement de l'utilité de chaque scène et de chaque dialogue. La série met en scène quatre couples mais elle a cette agaçante capacité à parler de nous tous. Une série-miroir donc, sans effet, sans voix-off sensuelle, sans clip glamour, sans musique entraînante pour palier un manque d'intérêt quelconque. « Tell me you love me » est intéressante dans le sens où elle pourrait bien être le signe avant coureur d'un retour à la série humaine et classique dans laquelle l'écriture est véritablement reine. Pas comme dans « Lost » ou « Heroes » ou la narration a forcément pieds et mains liées à une réalisation forcément cruciale. Dans « Tell me you love me » Cynthia Mort explore un monde qui n'a rien d'exceptionnel. Le plus dur à rendre télévisuellement. Pas de meurtres ou de flash-backs démonstratifs. Juste un fabuleux travail dans la manière de croquer les personnages et leurs réactions. Bien peu d'heure de télé ont évité le moment de trop. « Friday Lights Night », pourtant un de nos chouchoux a parfois ces travers dans son souci de décrire l' « américanité », too much à l'excès, de ses personnages. Visuellement la série est assez terne, subtilement rythmée, ça cause mais les moments de silence ne sont pas oubliées. La série est soutenue par un des meilleurs castings de série télévisées récent. Tous les personnages sont crédibles et font bien passer le message de Cynthia Mort. L'écriture et la mise en scène sont au diapason. Simplicité, force du sous-texte et beauté surprenante de scène pas vraiment faites pour l'être.

Bien au-délà de la réputation qu'elle s'est, sans le vouloir, bâtie, en raison de ses
scènes de sexes (qu'on a jamais vu aussi réalistes), « Tell me you love me » fascinera les uns pour les mêmes raisons qu'elle repoussera les autres. Les scènes de sexe comme les disputes, les moments où l'on sourit comme ceux ou l'on a une boule dans la gorge racontent la vérité.




 
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